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Élections scolaires :lundi 26 octobre 2026

Congé civique : ce qu'on célèbre vraiment

Un canal creusé il y a deux cents ans, une école française bâtie sur des décennies de ténacité, et ce qu'une génération lègue sans toujours le voir.

David Elisma souriant sur le sentier du canal Rideau, avec l'eau, un pont et des marcheurs derrière lui

Ce qu'on bâtit

À Ottawa, le premier lundi d'août porte un nom bien à nous : le Jour de Colonel By. On souligne celui qui a dirigé la construction du canal Rideau, ce chantier immense creusé à travers la forêt et la roche il y a près de deux cents ans. C'est une histoire très ottavienne. Elle parle d'eau, de pierre, de travail patient et d'une ville qui s'est formée autour d'une infrastructure.

Ce que je retiens de cette histoire, ce n'est pas tant l'homme que l'idée. Le canal a été creusé par des milliers d'ouvriers — des immigrés irlandais et écossais, des Canadiens français. Près d'un millier d'entre eux y ont laissé la vie, emportés surtout par la malaria. Ils n'ont pas choisi ce chantier comme legs. Mais la ville où nous vivons est née de leur travail.

Bâtir, c'est souvent cela : le travail d'une génération devient le sol sur lequel marche la suivante, sans qu'elle y pense.

L'éducation fonctionne exactement de la même façon.

Une clé reçue

En mai 1975, mes parents m'attendaient dans un petit appartement de la rue Chabot, à Montréal. Ils venaient d'Haïti, arrivés dans la deuxième vague de ce qu'on appelait l'exode des cerveaux, et ils s'étaient mariés à Thetford Mines un an plus tôt. Ils avaient très peu de choses. Mais ils portaient une certitude qui allait devenir mon héritage : l'éducation serait ma clé. Ils bâtissaient déjà pour un fils qui n'était pas encore né. À leur manière, c'était le même geste que celui des ouvriers du canal : préparer un passage pour quelqu'un d'autre.

À douze ans, on m'a emmené vivre à Port-au-Prince. J'y ai découvert un autre système, une autre école, une autre manière de comprendre l'autorité. L'instabilité politique m'y a appris, bien malgré moi, la fragilité des systèmes et l'importance de l'engagement civil. Quand on est enfant, on croit souvent que les institutions sont solides parce qu'elles sont là. Puis la vie nous montre qu'un système qu'on tenait pour permanent peut changer, se tendre, exclure ou manquer à son devoir.

À mon retour à Montréal pour le secondaire 5, j'ai rencontré cette fragilité d'une autre façon. Le Québec n'a pas reconnu ce que j'avais appris en Haïti. J'ai dû me battre pour entrer en mathématiques avancées. J'ai donné mes samedis pour suivre un cours de physique. J'ai dû abandonner la chimie. Ce goût amer de l'injustice bureaucratique ne m'a jamais tout à fait quitté. Il explique pourquoi, aujourd'hui, je m'intéresse très concrètement à la question de savoir si un système scolaire sert vraiment l'enfant qui se tient devant lui, et pas seulement s'il paraît correct sur papier. Il explique aussi pourquoi je me sens maintenant responsable, à mon tour, de bâtir pour ce qui vient après.

Le travail discret

Le réseau scolaire catholique de langue française qu'on tient parfois pour acquis n'est pas tombé du ciel. Il existe parce que des familles franco-ontariennes se sont organisées, ont contesté, ont insisté, souvent pendant des décennies, souvent sans voir elles-mêmes le résultat de leurs efforts. Le droit à une éducation dans notre langue, géré par nous, est un acquis récent et fragile.

Je pense à cela en me présentant comme conseiller scolaire au CECCE, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, pour l'élection du 26 octobre 2026. Ce n'est pas un rôle qui attire toujours les projecteurs. Mais il touche à des décisions très concrètes : les budgets, les politiques du conseil, les services aux élèves, la relation entre les familles et leur école, la capacité d'un enfant à être vu autrement que comme un dossier.

Aujourd'hui, ce travail se poursuit donc ailleurs que dans les grands chantiers visibles. Il se poursuit dans une réunion où l'on choisit ce qu'on protège. Dans une politique qui peut simplifier ou compliquer la vie d'une famille. Dans la capacité d'une école à offrir les services dont un enfant a besoin au moment où il en a besoin. C'est moins spectaculaire qu'un canal. Ça compte tout autant.

David Elisma souriant au barbecue avec des pinces à la main, devant le gril et des proches réunis dans la cour

Alors profitez de la journée. Le barbecue, le soleil, le temps en famille, c'est exactement pour ça qu'on bâtit.

Bonne fête du Congé civique à toutes les familles du Secteur 6.